Selon l'évangile de Saint-Luc, la vierge Marie reçoit la visite de l'ange Gabriel lui annonçant qu'elle sera la mère de Jésus. C'est le moment où le divin s'incarne dans l'humain, l'infini dans la finitude de l'être.
Ici, Varo transforme ce passage et sa représentation traditionnelle par une série de retournements et d'inversions. Ainsi, la tradition associe la Vierge à la maison, représentation symbolique de l'âme, lieu fini de l'humain, tandis que l'archange est souvent peint sur un fond de ciel, symbole de l'infini divin. Ici, l'ange est enfermé derrière la porte et la Vierge vient de dehors. Traditionnellement, la scène se passe pendant la journée, en pleine lumière symbole de révélation, ici la scène est nocturne. L'ange est un être hybride, mi-homme mi-hibou, mais sans ailes. Son expression non plus n'est pas angélique : nez pointu et regard inexpressif. Quant à la Vierge Marie, elle est représentée plus grande que l'ange, ce qui est inhabituel dans les représentations traditionnelles de l'annonciation. L'oiseau noir au long bec est très différent de la colombe qui représente traditionnellement l'esprit. La Vierge porte en son sein, non le Christ, mais son propre visage rendu muet par la main qui couvre sa bouche.
L'humain n'attend plus le divin et ne compte que sur ses propres forces. C'est la femme qui annonce à l'ange l'avènement de l'humain.