Si le titre, Au bonheur des dames, donné par Varo en français, connote bien sûr le roman de Zola et le commerce triomphant évoqué par l'écrivain, le tableau suggère plutôt une course d'insectes attirés par la lumière.
Le dynamisme de la scène, figurant l'essor économique du dix-neuvième siècle, est dessiné par le contraste violent entre cette lumière venant des grands magasins et l'ombre des ruelles et du ciel rougeoyant. Tous les personnages sont mis en mouvement, séduits par la lumière figurant les joies de la consommation. Ces dames, toutes à leur bonheur, emportées par l'élan de cette fièvre consommatrice, sont peintes comme des êtres rutilants, aux couleurs éclatantes, aux formes vives, mais vides. Car ces personnages sont en effet pure apparence, ne sont que des écorces, ils n'ont pas d'épaisseur, pas d'existence véritable. Ils se déplacent de façon mécanique, accomplissant des gestes sans les comprendre, sans y adhérer.
Confirmant cette perte de soi de l'être transformé en client, l'arbre de la liberté, planté au centre de la place, ne peut s'épanouir.